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Haute altitude : Quelle stratégie ?

  • Écrit par Quentin Coster
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Haute altitude : Quelles stratégies ?<br />© C2C DesignDans le microcosme très particulier des ascensions en haute altitude, une réflexion est en cours sur les différentes manières d'aborder les expéditions. Existe-t-il d'autres stratégies d'ascensions pouvant être des alternatives sérieuses à la technique himalayenne classique et éviter ainsi de nombreux maux dont sont victimes les alpinistes et les montagnes ?

 

A la différence des Alpes, un sommet himalayen est à la fois très loin, mais aussi très haut. Partir en voyage, en expédition, c'est alors faire le choix de vivre une véritable aventure, de s'immerger dans une toute autre culture et de rencontrer les autres. Gravir un sommet himalayen, c'est se confronter à manque d'oxygène et à une transformation radicale du corps. C'est se rencontrer, soi-même, humble face à la nature. 

Depuis des dizaines d'années, de nombreuses expéditions ont conquis la majorité des hauts sommets terrestres à coups de grands renforts matériels, logistiques et de sacrifices humains. Cette techniques himalayenne consistant à établir un camp de base et ne faire que de rares incursions en très haute altitude est si bien ancrée dans les traditions montagnardes qu'on imagine pas faire autrement. Et pourtant...

De nombreux guides actifs dans ces contrées lointaines et reculées ont souvent longuement réfléchi à cette méthode d'ascension classique et certains d'entre-eux se sont démarqués de la foule en mettant au point des stratégies variées pour atteindre les hauts sommets. Voici les cas de deux guides aux méthodes radicalement différentes :

Le guide de haute montagne britannique Adrian Ballinger propose à ses clients fortunés de gravir l'Everest plus rapidement, mais pour deux fois le coût d'une expédition classique (minimum 30000 €). Son idée est de réduire le temps d'acclimatation en faisant dormir ses clients dans des tentes hypobares pendant les huit semaines qui précèdent l'expédition. De plus, les candidats devront porter un masque qui réduit l'apport en oxygène et qui est sensé recréer les conditions d'hypoxie rencontrées à très hautes altitudes. Pour le guide, ses clients seront alors en meilleures conditions puisqu'ils n'auront pas passé deux mois à monter et descendre pour s'acclimater (la méthode classique) et pourront alors réaliser l'Everest dans des temps records. Malgré des bénéfices contestés, Adrian pense que cette méthode alpine radicale pourrait diminuer les risques de l'ascension puisque les clients devraient moins passer par des endroits dangereux telle que la cascade de glace de Khumbu qui fit 16 morts le 18 avril dernier.

Adrian Ballinger<br />© www.adrianballinger.com Adrian Ballinger dans sa tente hypobare<br />© www.republicain-lorrain.fr La dangereuse cascade de Khumbu<br />© Niranjan Shrestha / LA Times Everest<br />© Ralf Dujmovits (www.outsideonline.com)

D'autres guides ont pris le contre-pied de cette méthode rapide et commerciale en proposant une ascension très lente, mais laissant alors au corps le temps de s'habituer au manque d'oxygène. Paulo Grobel ou encore Jean-Pierre Bernard sont probablement les deux instigateurs de cette technique originale appelée "la progression douce". Il s'agit cette fois de réaliser une ascension sans retour au camp de base en progressant de manière continue par petits paliers de 300 à 400 m, au contraire de la technique classique où la différence d’altitude entre chaque camp est importante (800 à 1000 m). Cette dernière inflige au corps des contraintes importantes à cause des grandes différences de pressions qu'il subit. La progression "escargot" implique que chaque client porte tout le matériel nécessaire (sa maison) à un long voyage en altitude et que tous les membres du groupe soient unis et progressent ensemble afin de gérer l'isolement et l'immensité de ces espaces. Pour Paulo et Jean-Pierre, les bénéfices de cette ascension lente sont nombreux. Les étapes journalières sont moins éreintantes et, puisque il n'y a plus de camp de base, le confort est transporté à chaque nouveau campement. Avec ces petites étapes, l'altitude devient "vivable" et s'ouvre à la notion de plaisir. L'ascension n'est plus vécue comme une rapide et douloureuse incursion dans un "no man's land", mais plutôt comme une immersion en altitude où le respect de soi, des autres et de la nature sont les piliers de cette aventure.

paulo grobel<br />© www.trekmag.com  Jean-Pierre Bernard<br />© www.jpbernardguide.com Descente du Chong Kumdan II après une voyage de 15 jours<br />© www.paulo-grobel.com  

Même si cette dernière stratégie ne pourra probablement pas s'appliquer à des sommets plus techniques où la légèreté et la rapidité sont les garants de la sécurité, elle a au moins le mérite de bousculer les idées reçues et peut-être d'amorcer un changement dans notre approche à la haute montagne et sa consommation.

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